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Hygiène et réglementation du tatouage en France

Tatoueur ganté préparant sa machine sous housse à son poste de travail, flacons d'encre alignés sur un plateau

Le tatouage n’est pas une activité libre en France. Depuis un décret de 2008, il est encadré par le Code de la santé publique, qui impose au professionnel une déclaration, une formation, des conditions d’hygiène et une obligation d’information. Connaître ces règles te donne un moyen simple de vérifier sérieusement un studio, sans être expert.

Que dit exactement la loi ?

Les règles figurent aux articles R1311-1 et suivants du Code de la santé publique, créés par le décret n° 2008-149 du 19 février 2008. Elles concernent le tatouage par effraction cutanée, le maquillage permanent et le perçage corporel.

Trois obligations structurent l’ensemble.

La déclaration. L’article R1311-2 impose au professionnel de déclarer son activité auprès du directeur général de l’agence régionale de santé du lieu d’exercice. La cessation d’activité doit également être déclarée à la même autorité.

La formation. L’article R1311-3 impose une formation aux conditions d’hygiène et de salubrité. Un arrêté ministériel détermine les établissements habilités à la dispenser ainsi que son contenu. Un tatoueur déclaré a donc suivi cette formation : ce n’est pas une simple bonne pratique, c’est une condition d’exercice. L’Anses précise que cette formation, agréée par l’ARS, porte sur la prévention des infections, la gestion du matériel et les soins à apporter aux clients, et que la certification se renouvelle tous les cinq ans. Une attestation ancienne ne vaut donc pas indéfiniment.

L’information préalable. L’article R1311-12 exige que le professionnel informe le client, avant l’intervention, des risques encourus, et après, des précautions à observer. Cette information doit être affichée de manière visible dans le local et remise par écrit.

Cette dernière obligation est celle que les clients connaissent le moins, alors qu’elle les concerne directement. Un studio qui ne remet aucune consigne écrite ne respecte pas ce que la loi lui demande.

Et pour les mineurs ?

Le texte est sans ambiguïté. L’article R1311-11 interdit de pratiquer ces techniques sur une personne mineure sans le consentement écrit d’une personne titulaire de l’autorité parentale.

Le même article impose au professionnel de pouvoir présenter la preuve de ce consentement aux autorités de contrôle pendant trois ans. Autrement dit, il ne suffit pas qu’un parent accompagne : un écrit doit exister et être conservé.

Deux précisions pratiques. D’abord, la loi fixe un minimum, pas une obligation d’accepter : beaucoup de professionnels refusent de tatouer un mineur même avec autorisation, ce qui relève de leur libre appréciation. Ensuite, un studio qui accepte sans document écrit se met en faute, et c’est un motif suffisant pour partir sans discuter.

Ce site ne s’adresse pas aux mineurs et n’incite personne à se faire tatouer.

Les encres sont-elles réglementées ?

Oui, et le cadre a changé récemment. Le règlement (UE) 2020/2081 du 14 décembre 2020 a introduit dans REACH une restriction applicable aux mélanges destinés au tatouage et au maquillage permanent.

La restriction vise les substances dangereuses au-delà de certains seuils de concentration : cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction, sensibilisants cutanés, corrosifs ou irritants pour la peau, irritants ou caustiques pour les yeux, ainsi que des amines aromatiques et pigments précisément listés. Elle s’applique depuis le 4 janvier 2022, avec un délai supplémentaire de vingt-quatre mois, jusqu’au 4 janvier 2023, pour deux pigments phtalocyanines faute d’alternatives disponibles.

Concrètement, un professionnel sérieux travaille avec des encres conformes, traçables, et peut te dire ce qu’il utilise. La page encres de tatouage détaille cette restriction et publie le relevé des alertes européennes de retrait. Cette conformité explique aussi pourquoi certaines teintes, notamment dans les verts et les bleus, ont évolué ou disparu du marché européen ces dernières années.

Qui contrôle quoi depuis 2024 ?

Voilà le point que la plupart des pages sur le sujet n’ont pas encore mis à jour. Jusqu’en 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament, l’ANSM, suivait les produits de tatouage. Ce n’est plus le cas.

Le décret n° 2023-1113 du 28 novembre 2023 a redistribué ces missions, avec effet au 1er janvier 2024. Deux organismes se partagent désormais le travail sur les produits.

La DGCCRF, la répression des fraudes, veille à la conformité des encres mises sur le marché. C’est elle qui fait retirer un produit non conforme et qui publie ces retraits sur RappelConso, dont le relevé figure sur la page encres de tatouage.

L’Anses s’est vu confier la tatouvigilance, terme officiel qui désigne la surveillance des effets indésirables liés aux produits de tatouage et au maquillage permanent. Elle recueille les déclarations, les analyse et alerte quand un risque se dessine.

Une confusion est à éviter absolument, parce qu’elle circule beaucoup. Ce transfert ne change rien pour le tatoueur lui-même. La déclaration d’activité reste adressée à l’agence régionale de santé, les contrôles sanitaires du studio restent les siens, et la formation obligatoire demeure sous sa supervision. L’ANSM a perdu les produits, pas les ARS leurs studios : ce sont deux sujets distincts que le vocabulaire administratif mélange facilement.

L’Anses précise d’ailleurs comment ces rôles se rejoignent en pratique. Quand une déclaration laisse soupçonner un manquement aux règles d’hygiène chez un tatoueur, elle la transmet à l’ARS ; quand elle laisse soupçonner une encre non conforme, elle la transmet à la DGCCRF.

Signaler un effet indésirable

Cette possibilité existe et reste très peu connue du public, alors qu’elle est ouverte à tout le monde.

Un point d’abord, qui ne souffre aucune ambiguïté : une rougeur qui s’étend, un gonflement, de la fièvre ou une douleur qui augmente relèvent d’un médecin, sans attendre. Le signalement n’est pas un soin et ne remplace jamais une consultation. Le guide cicatrisation décrit les signes qui doivent alerter.

Une fois cette démarche engagée, tu peux déclarer l’effet indésirable à l’Anses via le portail public signalement.social-sante.gouv.fr. Les consommateurs et les professionnels de santé peuvent y signaler tout effet indésirable ou tout mésusage constaté, en décrivant les conditions dans lesquelles le tatouage a été réalisé.

Les industriels, les tatoueurs et les professionnels de santé, eux, n’ont pas le choix : ils sont tenus de déclarer tout effet indésirable grave dont ils ont connaissance.

Ce site ne publie aucun chiffre de déclarations reçues. Le rapport annuel de l’Anses existe, mais son contenu n’a pas pu être lu de manière fiable, et un ordre de grandeur approximatif ne vaudrait rien ici.

Ce que tu peux vérifier toi-même

Aucune de ces vérifications ne demande de compétence technique. Elles se font en observant et en posant deux questions.

Avant. Demande si le studio est déclaré à l’ARS. La question est parfaitement légitime, elle ne vexe personne de sérieux, et une réponse gênée est en soi une réponse. Regarde aussi si l’information sur les risques est affichée dans le local, comme le texte l’exige.

Pendant. Le matériel qui traverse la peau est à usage unique et sort de son emballage devant toi. Le tatoueur se lave les mains et enfile des gants neufs. Les surfaces sont protégées, le plan de travail est propre, les encres ne traînent pas ouvertes depuis la veille. Rien de tout cela n’est discret : ça se voit.

Après. Tu dois repartir avec des consignes écrites. Si on ne t’en donne pas, demande-les.

Pourquoi ces règles existent

Parce que l’aiguille traverse la barrière cutanée, et que cette effraction expose à des risques réels : infections bactériennes, transmission d’agents pathogènes par du matériel mal stérilisé, réactions aux pigments. Ces risques ne sont pas théoriques, ils sont précisément ce que la réglementation cherche à réduire.

C’est aussi pour cette raison que le tatouage à domicile, entre amis ou avec un kit acheté en ligne, se situe hors de tout ce cadre : pas de formation, pas de matériel stérile garanti, pas de traçabilité des encres, pas d’information ni de recours. Aucune économie ne justifie ce risque.

Ce site ne publie aucune méthode de ce type et ne renvoie vers aucun matériel de tatouage destiné aux particuliers.

Le studio et le matériel

Les conditions d’hygiène ne se limitent pas au geste du tatoueur : elles concernent aussi le lieu. Le décret de 2008 encadre précisément ces aspects, et plusieurs éléments sont visibles par n’importe quel client attentif.

Un poste de travail doit rester distinct des zones de passage et de la partie accueil. Les surfaces qui entourent le tatoueur sont lisses, nettoyables, et protégées par des films jetables changés entre deux clients. Un local où l’on tatoue au milieu d’un salon de coiffure, dans un appartement encombré ou sur un stand improvisé ne remplit pas ces conditions d’hygiène, quelle que soit la bonne volonté de la personne.

Côté matériel, la règle d’hygiène est simple : tout ce qui traverse la peau est à usage unique et jetable après la séance. Aiguilles et cartouches sortent de leur emballage stérile devant toi et partent ensuite dans un conteneur dédié aux déchets d’activités de soins à risque infectieux. Le reste du matériel, quand il est réutilisable, relève d’une procédure de stérilisation documentée.

L’hygiène des mains conditionne le reste. Lavage, gants neufs enfilés devant toi, changement de gants après toute interruption : si le tatoueur répond au téléphone ou touche une poignée de porte, il doit changer de gants avant de reprendre.

Les questions qu’un studio sérieux accepte

Interroger un professionnel sur son hygiène n’est ni impoli ni suspicieux : c’est exactement ce que la réglementation cherche à rendre possible en imposant l’information préalable. Trois formulations passent partout.

« Le studio est-il déclaré à l’ARS ? » « Avec quelles encres travaillez-vous ? » « Est-ce que je repars avec les consignes écrites ? » Un professionnel répond à ces trois questions sans se crisper, souvent avec plaisir, parce qu’elles montrent que tu prends le sujet au sérieux.

À l’inverse, l’agacement, l’esquive ou la réponse vague en disent long. Sur les questions d’hygiène, tu n’as aucune raison d’accorder le bénéfice du doute : en cas de gêne, tu peux partir sans te justifier, y compris après avoir versé un acompte.

Ce que la loi ne garantit pas

Une précision importante pour ne pas se méprendre. La déclaration à l’ARS et la formation hygiène attestent que le professionnel connaît et applique des règles sanitaires. Elles ne disent rien de son talent, de sa spécialité ni de la qualité de son trait.

Un tatoueur parfaitement en règle peut faire un travail médiocre, et la réglementation ne t’aidera pas à le détecter. Ces deux vérifications sont complémentaires et se mènent séparément : la conformité sanitaire d’un côté, le portfolio de l’autre. Le guide choisir son tatoueur traite le second aspect.

En cas de problème

Si une complication survient après la séance, la démarche ne relève pas de la réglementation mais de la médecine : consulte un médecin sans attendre. Le guide cicatrisation détaille les signes qui doivent alerter. Même logique pour effacer une pièce : le détatouage au laser sort du champ de ces articles, puisqu’il constitue un acte médical et non une prestation de studio.

Préviens également le studio, qui doit être informé et pourra documenter ce qui s’est passé. Si tu constates un manquement grave aux règles d’hygiène, l’agence régionale de santé de ta région est l’interlocuteur compétent, puisque c’est elle qui reçoit les déclarations et exerce le contrôle. Si tu soupçonnes plutôt le produit employé, le signalement à l’Anses décrit plus haut est la voie adaptée, et c’est elle qui réorientera le dossier vers l’ARS ou la DGCCRF selon ce qu’elle constate.

Une dernière remarque. Les règles résumées ici sont celles en vigueur à la date de publication de cette page, et un texte réglementaire peut évoluer. Les liens vers les sources officielles figurent en bas de page : en cas de doute, ce sont eux qui font foi, pas ce site.

Sources

  1. Code de la santé publique, chapitre Ier « Tatouage par effraction cutanée et perçage », articles R1311-1 à R1311-13 (consultée le 31 juillet 2026)
  2. Décret n° 2008-149 du 19 février 2008 fixant les conditions d'hygiène et de salubrité relatives aux pratiques du tatouage avec effraction cutanée et du perçage (JORF n° 0043 du 20 février 2008) (consultée le 31 juillet 2026)
  3. Règlement (UE) 2020/2081 de la Commission du 14 décembre 2020 (restriction REACH applicable aux encres de tatouage et au maquillage permanent) (consultée le 31 juillet 2026)
  4. Décret n° 2023-1113 du 28 novembre 2023 relatif aux autorités compétentes en matière de surveillance et de vigilance pour les produits cosmétiques et de tatouage (JORF n° 0277 du 30 novembre 2023, en vigueur au 1er janvier 2024) (consultée le 2 août 2026)
  5. « La tatouvigilance : pour des pratiques de tatouage plus sûres », Vigil'Anses n° 26, Anses, juillet 2025 (consultée le 2 août 2026)

Publié le 31 juillet 2026 .

Questions fréquentes

Un tatoueur doit-il être déclaré en France ?
Oui. Le Code de la santé publique impose de déclarer l'activité auprès du directeur général de l'agence régionale de santé du lieu d'exercice, et d'avoir suivi une formation aux conditions d'hygiène et de salubrité dont le contenu est fixé par arrêté ministériel.
Le studio doit-il me remettre des consignes écrites ?
Oui, et c'est l'obligation la moins connue des clients. Le Code de la santé publique impose au professionnel d'informer avant l'intervention des risques encourus, et après des précautions à observer. Cette information doit être affichée de manière visible dans le local et remise par écrit au client.
Qui contrôle les encres de tatouage en France ?
Depuis le 1er janvier 2024, ce n'est plus l'ANSM. Le décret du 28 novembre 2023 confie la conformité des produits mis sur le marché à la DGCCRF, et la surveillance des effets indésirables à l'Anses, sous le nom de tatouvigilance. Ce partage ne modifie pas les obligations du tatoueur, qui reste déclaré auprès de son agence régionale de santé.
Que vérifier soi-même en entrant dans un studio ?
Le matériel qui traverse la peau sort de son emballage devant toi et part ensuite dans un conteneur dédié. Le tatoueur se lave les mains et enfile des gants neufs. Les surfaces sont protégées par des films changés entre deux clients.

À retenir

  1. Les règles figurent aux articles R1311-1 et suivants du Code de la santé publique.

  2. Matériel à usage unique, aiguilles sous blister ouvert devant toi : cela s'observe en entrant.

  3. Un professionnel doit te remettre par écrit les précautions à observer après la séance.